Lieux publics
Catégorie : Psychogéographie des lieux
A Paris, comme à New York, nous recevions également les membres de groupes minoritaires et marginaux qui venaient se réfugier dans la gare (toxicomanes, minorités sexuelles), dont nous ramassions les malaises, les paniques, les comportements déviants, les prostitué abusées ou les clients désabusés. Viol violence sexe et drogue. Sans l’habiter, ils y séjournaient régulièrement contrairement aux itinérants qui pouvait s’y domicilier.

L’un d’eux me demande d’appeler la régie pour prévenir sa femme qu’il est à l’hôpital. Leurs passages à l’urgence vont leur permettre soit de se réconcilier avec le territoire dans lequel ils se meuvent, soit de se voir proposer une hospitalisation modulées en relation avec leurs niveau de décrochage. 26 % restent une nuit à l’hôpital, 8 % sont orientés vers des services psychiatriques. La Gare du Nord s’est, aujourd’hui, complètement transformée. Elle accueille, sans doute, moins d’itinérants. Cependant, une récente émeute « à la parisienne » est venu me rappeler qu’elle était encore une aire de combat pour des jeunes exilés des banlieues Nord pour qui elle demeure la dernière limite entre leur no man’s land périphérique et une cité interdite. Occupation domiciliaire, occupation symptomatique, ou politique, les lieux sont détournés pour servir de scènes d’expression à des souffrances individuelles ou collectives.
La psychiatrie d’urgence pourrait sans doute faire la liste exhaustive de ces espaces, jardins publics, parkings, centre d’accueil, abris qui étalonnent la descente aux enfers de l’itinérance ; où grands magasins, restaurants, hôtels qui accueillent les pannes de l’individu simplement disjoncté. Si pour nous la gare est emblématique, les lieux publics transformés en domicile privé sont nombreux. Ils sont aussi extensibles et peuvent s’offrir comme refuge.
